Judiépart vers la Chine

Après des années de rêve, des mois d’épopée administrative, et des dernières semaines passées dans l’urgence des adieux et des préparatifs, le Judier s’envole enfin.

La famille parcourue pendant ces mois d’été et les amis convoqués en ultime instance mercredi, lors d’une soirée de départ (où, pour d’obscures raisons, Didier ne pouvait boire que du Perrier et a épuisé le stock des Marsouins), restaient toutefois les valises à faire ! Le branle-bas de combat raisonne toute la matinée pour vider définitivement les derniers recoins de notre petit nid de la rue Flatters. Nous ressentons le besoin de puiser dans nos ressources les plus enfouies en Tetris, nécessaires pour faire tenir un déménagement pour trois ans en deux valises et les bagages cabines réglementaires. Heureusement, la maman de Julie est là pour trouver les dernières optimisations : volumes et poids maximaux atteints pour chaque pièce, sans que rien n’ait été abandonné. Voilà qui méritait bien une succulente feijoada de la maman de Didier.

L’effervescence de la journée masque bien des émotions, seuls les parents et les amis mesurent l’ampleur du changement et de l’aventure qui commence, mais pour le moment il faut courir : nous partons de la maison sur le gong, les pensées viendront dans l’avion. Quoi qu’il arrive, nous sommes enfin à l’aube d’une nouvelle époque du Judier, et l’adversité comme l’incertitude ne sont que de fragiles ennemis lorsque nous nous savons les affronter à deux.

Le départ de Roissy

En parlant d’aventures, elles ne tarderont pas à faire monter la pression du départ : après une interminable file d’attente de Chinois, le comptoir d’enregistrement refuse celui de Julie sous prétexte qu’elle part pour Hong Kong et a un retour dans un an… sans visa ! Les voilà exigeant contre toute attente un billet d’avion comme preuve (si seulement c’en était une !) qu’elle ne restera pas illégalement tant de temps à Hong Kong. On leur montre le billet de bateau pour le lendemain, ainsi que le visa de travail, mais rien n’y fait : on commence à entrevoir l’impossibilité d’un départ aujourd’hui. Finalement, à force de déporter le problème d’une personne à une autre, nous finissons par tomber sur quelqu’un de raisonnable qui se rend compte que le billet de bateau fait très bien l’affaire, et nous enregistre dans la bonne humeur. Le Judier est prêt, affranchi de cinquante kilos de bagages. Il reste tout juste le temps d’un pastis — sûrement le dernier avant longtemps — et c’est parti pour les contrôles de sécurité. Heureusement qu’on n’a pas trainé plus : nous répondons au dernier appel pour l’embarquement.

Juste avant le décollage

Le long périple commence à travers tous les éléments : 10h de Paris à Pékin, puis 5h d’escale (sans même d’endroit où fumer, pauvre Julie qui attend déjà depuis bien des heures et en rêvait sans en douter !), puis 4h de Pékin à Hong Kong, où nous arrivons après le dernier ferry donc devons y passer la nuit jusqu’au premier bateau du matin jusqu’à… Zhuhai, espérons-nous !

Arrivés à Hong Kong, Julie peut enfin fumer, quel soulagement ! Nous nous dirigeons alors vers le centre ville en taxi, n’ayant pas le courage de se trimbaler 100kg de bagages en transports en commun. Les convictions sont ainsi parfois amendées par la douleur des bras. C’est la nuit, Hong Kong nous montre ses immeubles immenses et lumineux à travers la brume (pour ne pas dire la pollution), un aperçu aussi mystérieux que futuriste nous rappelant l’effervescente vie nocturne de Coruscant. La chaleur est écrasante, l’air est humide, et ça pue.

Devant le bâtiment où se trouve notre auberge de jeunesse, nous nous faisons démarcher par plein de gens, pas tous chinois d’ailleurs, pour aller dormir dans leur auberge. En fait, l’immeuble en est plein. Quand on dit immeuble, on parle de tours de trente étages plutôt que de cinq, fini le plan local d’urbanisme parisien ! La notre se trouve au troisième étage.

Check-in à l'auberge

Nous avons une chambre sans fenêtre, nous dévoilant ses quelque trois mètres carrés, encombrés d’un lit superposé et un lit simple. Il y a quelques centimètres entre les deux, peut-être l’épaisseur d’une jambe. Les toilettes et la douche sont communes, dans la même pièce encore plus petite que les salles de bain du CROUS de Cachan. Ouf ! C’est climatisé ! Mais, assez vite, nous réalisons que la climatisation n’est pas règlable et qu’elle est super super froide. Nous avons eu de la chance, nous sommes tombés sur la chambre 8888 (le 8 est le chiffre porte bonheur en Chine), sûrement la suite royale.

Taudis à Hong Kong

Avant d’aller dormir, nous marchons jusqu’au port où nous prendrons notre bateau samedi matin. En chemin, nous nous arrêtons manger des hundun. Ils ont le goût de la Chine et c’est un soulagement de retrouver ce mets délicieux qui avait tant manqué à Julie depuis Shanghai. Nous repartons repus vers le port. C’est compliqué de traverser les rues, parfois il faut trouver le moyen de descendre dans des tunnels pour passer sous la route. Sans jamais voir la mer, pourtant en la longeant, nous arrivons au China Ferry Terminal. Nous rentrons par un autre chemin afin d’éviter les souterrains et de repérer un chemin plus pratique pour venir avec les bagages le lendemain.

De retour à l’auberge, nous nous endormons sous la climatisation glaciale. Nous nous reveillons une première fois, frigorifiés. Nous coupons donc la clim. Nous nous reveillons à nouveau, en sueur, liquéfiés. Nous rallumons la clim. Quand le réveil sonne, nous sommes frigorifiés à nouveau mais nous nous dépechons de plier bagages pour ne pas rater notre bateau. En partant, le gardien n’était pas là pour que nous lui rendions la clé. Nous partons donc en la laissant sur le comptoir, sans récupérer notre caution. Chargés comme nous sommes, nous choisissont finalement de nous rendre au port en taxi. On négocie le prix à l’avance, sans quoi le chauffeur ne veut pas de nous…

Skymine polluée de Hong Kong

Le China Ferry Terminal est en fait un grand centre commercial. On embarque enfin pour Zhuhai ! Il est 7h35 du matin. C’est brumeux mais nous apercevons Hong Kong, puis des îles verdoyantes qui sortent de la mer comme des collines. En se rapprochant de Zhuhai, nous découvrons enfin ce pont immense qui la relie à Hong Kong. Il n’est visiblement toujours pas ouvert à la circulation. Nous arrivons à Zhuhai à 8h45 comme prévu. Sans perdre une minute, nous passons la frontière. Enfin, nous rejoignons Valéry (Hailong pour les intimes) qui sera notre guide pendant les jours à venir.

Ferry pour Zhuhai

Au revoir Paris, au revoir Hong Kong, et bonjour Zhuhai !

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