Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouile !

Quand on nous parlait d’humidité, nous comprenions bien, intuitivement, l’idée de teneur en vapeur d’eau dans l’air. Lorsqu’il fallait s’imaginer dans de telles situations, nous nous disions que cela devait ressembler à une grotte, saturée en humidité. Mais tout cela restait abstrait. Désormais, nous affrontons la réalité. Lors du moindre pas en dehors d’une salle climatisée, nous accueille l’étouffante sensation d’humidité. Un air chaud, comme épais et visqueux, qui semble saturer rapidement la trachée, une sensation de lait entier bu à grandes gorgées. Voilà les premières sensations physiques de ce climat tropical.

Puis on oublie, un peu, le désagrément. La course reprend le dessus, avec tant de choses à faire, l’administratif à plier au plus vite, l’appartement à trouver, puis les montagnes de travail accompagnant chaque projet à attaquer. Voilà qui nous libère quelques minutes, peut-être cinq, vraisemblablement plutôt une ou deux. Puis le climat rappelle son existence : si la respiration s’est faite à un nouveau rythme, le corps reste dans un four. La chaleur est étouffante, les pores fonctionnent à plein régime, la transpiration coule à flots. Une seule sensation vient à l’esprit : celle d’un hammam, passé le choc thermique. Les secondes se font longues, le corps ruisselle sans cesse, abondamment. Et cela ne se tarira pas.

Mais la sueur ne suffit pas, l’air ne semble pas assez saturé en vapeur d’eau qu’il faut en rajouter. La pluie est notre compagne de tous les jours, sinon de toutes les heures. Et ces petites pluies si désagréables qui nous empêchaient tant de sortir auparavant sont maintenant loin d’une routine tempétueuse. Heureusement, avec de bons parapluies, ponchos, surpantalons et chaussures imperméables, nous sommes parés pour affronter le déluge !

Mercredi, la pluie commence à battre comme d’habitude, peut-être un peu plus densément même, vers midi. Rapidement, on ne voit pas à cinquante mètres. Les gouttes sont tellement grandes qu’elles font un boucan phénoménal dans la cantine. Bien évidemment, tout le campus se réfugie dans les lieux couverts. Pas de chance, c’est la veille de la rentrée des nouveaux étudiants avec la cérémonie en grande pompe, donc les parents sont là, accompagnés de la nécessaire ribambelle de valises (sinon de meubles !).

Le tambourinage de la pluie était incroyable

Notre programme doit toutefois avancer, et il est important de récupérer des meubles et petites choses laissées par les prédecesseurs de Julie pour commencer à fournir l’appartement trouvé la veille. Ce n’est finalement que de la pluie, et avec un taxi ce sera rapidement plié : on embarque donc une valise de draps, une caisse de vaisselle, une fontaine à eau, une couette au cas où, et nos sacs à dos. Heureusement des minibus parcourent l’unviversité en ce jour de grand mouvement généralisé. Ils ont d’ailleurs plutôt l’air de légions romaines en formation carrée, parés de parapluies à la place des boucliers de tous côtés tellement la pluie s’engouffrerait violemment par la moindre ouverture. Arrivés à la porte nord du campus, un chapiteau d’accueil nous protège de la pluie. Enfin, même en son centre il faut quand même un parapluie pour éviter les filets d’eaux coulant des multiples trous de cette bâche criblée de déchirures. C’est mieux que rien, et au moins les affaires sont posées, plus ou moins au sec.

Nous avons eu de la chance de trouver un chapiteau moins bondé que les autres

La pluie tombe, inlassablement, dans une escalade d’intensité insoupçonnée. Elle était déjà difficile à croire à midi, pour nos frileux standard, voilà qu’elle empire minute après minute. Dans le virage qui franchit la porte nord, l’eau forme déjà un petit point d’eau que les voitures commencent à éviter soigneusement. Les conditions sont bien peu agréables, et pour une fois aucun taxi n’apparaît, ni ne répond aux convocations envoyer via Amap,l’équivalent local de Maps. Cette pluie plus intense qu’une douche coulant à plein régime aurait-elle mis la puce à l’oreille des chauffeurs de taxi quant à l’enfer qui s’approchait ? Au bout de plus d’une heure, le petit point d’eau ressemble plutôt à une véritable mare qui arrive presque jusqu’à nos pieds. Les imposants 4×4 chinois eux-mêmes l’évitent, certains téméraires le tentent et s’en sortent avec peine.

Personne ne prévoyait que la flaque serait si profonde

Un taxi accepte finalement la course et nous ramène à la maison, ou nous sommes heureux de déposer nos affaires. L’orage se calme à point nommé pour que nous retournions au centre-ville, enfin maîtres de notre nouveau palace, pour le baptiser comme il se doit d’un passage au supermarché. Notamment quelques linges de lit, oreillers, poubelles, et… un marche-pied rose (en somme, tout ce qui est absolument vital pour la première nuit).

Enfin le supermarché ! Notez le passage piéton sans feu traversant la voie rapide

À peine arrivés au supermarché, la pluie a recommencé à tambouriner avec éclat sur les toits comme sur les trottoirs. Nous ne voulons pas perdre de temps et sommes pressés de disposer de notre nouveau lieu de vie, peut-être un nid pour plusieurs années auquel nous commençons à apporter les premières brindilles personnelles. Après un petit dîner dans un bouiboui bien médiocre, nous voilà reparti en quête d’un bus, nos vélos étant restées à l’université, nos bras étant chargés de toutes sorte d’équipement pour la maison.

Enfin un instant de répit, idéal pour une pause clope (cherchez l’erreur…)

Confiants, nous allons prendre le bus que nous avions pris pour venir. Sous ce déluge naissant, la nuit tombée, nous réalisons dans le ballet des bus s’arrêtant à Tangjia que le nôtre ne passera pas, le dernier ayant dû nous précéder de peu. Reprenons donc un taxi ! Une fois encore, étrangement, l’attente est anormalement longue, ce qui nous permet d’observer les différentes stratégies des passagers des bus pour réussir à en descendre sans se noyer.

L’attente finit par payer, toutefois le taxi avance lentement sous la pluie continuant son escalade d’intensité. Les routes se transforment petit à petit en véritables rivières. Nous sommes dans un bouchon, totalement paralysés. Assez vite, nous comprenons pourquoi : il y a tellement d’eau que la route qui va chez nous est coupée. Qu’à cela ne tienne : nous sortons du bouchon et décidons de faire le tour. Nous arrivons par l’autre côté, mais la route est elle aussi impraticable tellement elle est inondé, les quelques 4×4 osant s’y aventurer ne font que quelques mètres de plus que nous avant de rebrousser chemin. Impuissant, le taxi n’a d’autre solution que de nous redéposer à notre point de départ, nous conseillant de dormir à l’hotel.

Il est 22h, la pluie empire, les bras sont déjà fatigués de porter tous ces sacs bien encombrants, mais au moins il y a un moyen de rentrer à la maison qu’on n’abandonnera pas dès la première nuit : rentrer à pied. L’enthousiasme judiesque à toute épreuve ne recule devant rien, et nous sommes donc partis pour cette aventure dans la bonne humeur. Sac à dos pleins à craquer, les bras chargés aussi, nous nous mettons en route en prenant soin de ne pas faire rentrer d’eau dans nos chaussures. Merci les rangers, Julie se déplace avec plus de facilité que Didier, qui avance sur la pointe des pieds, d’autant plus que c’est lui qui porte les oreillers dans une main, les corbeilles et le tabouret rose dans l’autre.

Ceci n’est pas une rivière !

Au bout d’un moment, l’eau commence à monter rapidement, le courant s’intensifie. Une fois au niveau des genoux, plus la peine d’essayer à tout prix de garder nos pieds au sec. L’eau n’est pas claire du tout, elle s’engouffre toute boueuse dans nos chaussures, mais nous continuons à avancer vaillamment. Nous progressons à l’aveuglette pendant que la pluie continue de tomber sous cette nuit noire. Soudain, Didier s’embourbe jusqu’au genou dans un trou. Il se casse la figure avec les oreillers, les corbeilles et le tabouret. Heureusement, Didier n’a rien, à part qu’il est trempé (nous vous laissons calculer jusqu’où). Le tabouret glisse sur l’eau, emporté par le courant. Julie lui court après et finit par le rattraper. Nous reprenons notre marche aventureuse, en faisant d’autant plus attention à l’endroit où l’on met les pieds. Enfin, après une bonne heure de marche sous la pluie, nous arrivons à la maison et nous séchons un peu avant de s’endormir au frais de la clim !

C’était il y a trois jours. Les chaussures sont encore mouillées, les oreillers encore en train de sécher, mais nous n’avons plus peur de l’eau !

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