Après le visa, encore le visa !

Après des mois et des mois d’interminables procédures administratives, nous voilà enfin installés en Chine. Toutefois, les épreuves bureaucratiques n’en sont pas pour autant terminée : en tant qu’étrangers, il nous faut un visa pour rester. L’obtenir n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’il s’agit d’un visa Z, celui qui donne accès à un permis de résidence et à un permis de travail. Mais tout cela sera le récit d’un épisode futur, venons-en aux actualités. Malgré près de neuf mois de précaution pour préparer les papiers et réussir à avoir tous les documents en bonne et due forme et dans les temps, la bureaucratie chinoise a vaincu : Didier n’aura jamais son visa de travail à temps. Qu’à cela ne tienne, il suffit de partir avec un visa touriste. L’essentiel est que le Judier soit réuni et parte ensemble à la conquête de ce nouveau monde asiatique. Nous affronterons l’administration sur place, ce qui sera toujours moins frustrant que de tout gérer à distance et de vivre séparé dans la pénible attente d’une évolution de situation qui tomberait du ciel. Les visas tourisme (L) ne sont pas si difficiles à avoir, mais ne sont valables que pour une durée d’un mois et ne permettent de rentrer sur le territoire chinois qu’une unique fois. Autrement dit, une fois sorti, le visa est nul et l’entrée restera barrée. Mieux vaut rester bien au chaud à la maison !

Tous les trente jours, on recommence !

Toutefois, le temps passe, et le visa L de Didier expire déjà lundi prochain ! Heureusement, il y a une solution qui semble idéale : prolonger son visa d’un mois supplémentaire, ce qui serait faisable à Zhuhai même, au service de l’immigration de la préfecture. Une possibilité bien explorée de tous ceux qui ont vadrouillé en Chine et qui, conquis par ses charmes, ont voulu y goûter le plus longtemps possible (certain ont fait quelques jours de prison en essayant, mais on trouve de drôles de situations partout). La démarche est la même que pour demander un visa normal. Le timing est parfait : Julie doit récupérer son titre de séjour définitif vendredi au même endroit, occasion idéale pour faire d’une pierre deux coups. Vendredi matin nous y allons donc sans tarder, rêvant déjà de toutes les portes que nous ouvrira le permis de résidence de Julie, notamment le compte en banque, et les cavernes d’Ali Baba que sont Taobao et WeChat Pay. Tout ce qui manque à la maison pourra enfin être commandé ! (Et Julie pourra enfin recevoir son salaire, accessoirement.) Nous voilà repartis donc avec toute la paperasse. Arrivés au poste de police, l’officier qui nous accueille répond au doux nom de 013877, ne semble pas vraiment comprendre : mon visa expire bientôt, je dois sortir. Mais justement c’est bien là la raison de notre présence ici, nous espérons bien trouver une solution ! Soit, dans ce cas il faut prendre rendez-vous. La dernière fois c’était l’officier elle-même qui l’avait fait pour nous (d’ailleurs, on qualifierait plutôt ça de « prendre un ticket »…), sauf que cette fois-ci, il semblerait qu’il faille le faire nous-mêmes. Dans tout ce fouillis, elle rend les armes et passe l’affaire à une collègue, 02022. Après beaucoup de maux de tête, le verdict tombe : pas possible non plus ! Tous nos interlocuteurs nous refusent l’extension de visa pour Didier.

Un véritable casse-tête !

Nous allons donc ailleurs, à Jiuzhou, plein sud de Zhuhai, le port qui dessert Macao et Hong Kong. Temple de beaucoup de magouilles à la chinoise paraît-il, il y a moyen d’obtenir des visas de quelques jours, en tous cas ils doivent bien être compétents en la matière : c’est quand même une frontière. Nous sommes bien en veine : une policière adorable, 077818, qui essaie de parler anglais et dans tous les cas parle très distinctement et assez doucement chinois, cherche vraiment à nous aider. Nous lui racontons notre histoire et le plan de travailler en Chine pour Didier, une fois que les papiers seront terminés pour le visa de travail. Elle nous propose de raconter tout cela explicitement à la police, ils comprendront et accepteront de prolonger le visa. En tous cas elle confirme qu’il faut retourner à notre bureau de police initial, le service de l’immigration. Branle-bas de combat pendant la pause déjeuner, dans l’interminable attente de pouvoir retourner à la préfecture : on active le réseau, on demande aux collègues, on écrit des mails au consulat, on demande à Internet de nous déverser des millions d’anecdotes d’étrangers. Toutes les pistes sont bonnes à explorer. Julie demande à Sylvain et à Lydia, cette dernière connaît bien les problèmes de visa, et elle veut bien nous aider en parlant au téléphone à la police pour leur expliquer la situation.

Retour à la case départ, au bureau des entrées et sorties du territoire, après encore une heure de bus sous une chaleur étouffante. Nous devons attendre l’ouverture, et en Chine le pause midi dure trois heures ! L’agente, encore 013877, semble plus sereine. Elle prend donc les papiers dans l’ordre, comme pour un nouveau visa. La réservation d’hôtel (factice, ou plus précisément annulable, pour justifier de mon logement) ne fait qu’une semaine, alors que mon bateau pour Hong Kong part dans un mois. Bien sûr, puisque Didier va vivre à la maison du Judier, comme l’indique de papier de la police. Mais pourquoi un hôtel alors ? Pour faire comme ils le demandent généralement… c’est louche. Elle doit partir, une collègue la remplace donc : c’est 091973. Elle ne comprend guère, mais finit par appeler une collègue. Julie essaie de lui expliquer la situation au téléphone, mais rien n’y fait : pas possible ! Dans un sursaut d’espoir, nous appelons Lydia qui essaie de persuader l’agent de l’existence d’issues à la situation, mais la bureaucratie chinoise ferme ses écoutilles : non c’est non !

La grande porte de Gongbei, frontière avec Macao

Une déception de plus, dire que le billet d’avion de Didier repart pour Paris le dimanche et qu’on espère pouvoir le déplacer une fois le visa en poche… Il faut bien tenter autre chose : allons à Gongbei ! La frontière avec Macao est une immense porte dans un style bien chinois, laissant entrevoir les immondes tours de l’entrée de Macao, austères et vétustes. Nous attrapons un policier des douanes et lui expliquons la situation. Il n’en sait rien, mais ramène une collègue qui demande des explications. Elle n’en sait guère plus. À peine avons-nous tourné les talons qu’un de leurs collègues nous interpelle (visiblement on est un phénomène de foire) et demande des éclaircissements. Mais pourquoi nous embêtons-nous ? Il suffit de faire un petit visa à Macao, c’est une formalité ! Mais, si Didier sort, il ne pourra plus rentrer de nouveau, il ne faut pas d’entourloupe ! Pas de soucis, il nous assure de toute sa sérénité que la stratégie paiera. Allons donc, nous qui voulions rester en Chine, on en sort ! Un poste de douanes, puis deux, puis… demi-tour pour ressortir tout de suite de Macao, puis encore un poste de douanes… et maintenant que fait-on, en zone internationale sans possibilité de remettre les pieds sur le territoire chinois ?

Le passage de la frontière entre Zhuhai et Macao

Heureusement, nous apercevons une petite porte sur la droite, indiquant que le service des visas est au deuxième étage. L’espoir renaît ! Là-bas, toutefois, l’agence d’accueil nous explique qu’ils ne font pas ça, il faut aller au consulat de Chine à Macao. Mais… celui-ci ne semble pas répondre au téléphone. Sacrebleu, il est déjà trop tard ! Il reste une solution, heureusement : acheter un visa de quelques jours pour Zhuhai. Nous qui voulions prolonger le visa de Didier, nous nous retrouvons à payer pour revenir à la case départ :  un nouveau visa, ne permettant pas de sortir de la ville et qui expire exactement à la même date que le précédent. Évidemment, il est désormais trop tard pour aller à la banque et espérer avoir notre compte Taobao pour le week-end, et le salaire de Julie pour ce mois-ci. Il y a des jours comme ça…

Prochaine étape : retourner faire un visa à partir de rien, après-demain, à Hong Kong. Et pour couronner le tout, Didier apprend à l’instant que son billet d’avion ne sera pas annulable, il est trop tard. On n’est plus à ça près…

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