À defaut de visa, un peu de tourisme

Julie vient de partir, j’espère pouvoir la retrouver demain, mais nous n’osons plus vraiment prendre quoi que ce soit comme acquistant que cela dépend de la bureaucratie chinoise. La distance et l’attente semblent des fantômes qui me tourmentent, mais ma crédule certitude que le temps joue en ma faveur, pour le visa comme pour les démarches administratives de l’université pour qu’enfin j’aie mon contrat et mon permis de travail, m’emplissent d’enthousiasme et me poussent à profiter de cette journée hongkongaise, sous un inattendu soleil. Une de ces rares journées hors du temps, sans programme ni urgence, bloqué entre deux étapes. L’affranchissement de l’urgence, des rendez-vous et des programmes, pour une pure spontanéité, un écho de l’envie. Une liberté d’un autre genre, forcée mais non moins réelle et relaxante.

Avec mon envie de croquer la ville à pleine dents, je ne peux que m’engouffrer dans le petit bosquet luxuriant qui fait face au port qui dessert la Chine : Kowloon Park.

L’une des exubérantes entrées de Kowloon Park

En ce jour férié (comme tous les lendemains des jours fériés chinois), les Hongkongais profitent de la matinée et d’un peu de fraîcheur pour se détendre, les coureurs du dimanche européen sont ici remplacés par les amateurs de Tai Chi ou de Kung Fu.

Pour les séniors, le dimanche matin c’est Kung Fu

Pour rejoindre depuis Kowloon l’île de Hong Kong, direction le Star Ferry ! Le plaisir étonnant et si rare de ces caresses du vent sur la peau comme de la houle sur le cœur. On flotte physiquement comme spirituellement. Ces rares occasions m’interpellent chaque fois, me projetant dans une vie embrassé de cet air si vivant du large. Qui sait ? La traversée est rapide, pour quelques modiques centimes, mais intense. On navigue au confluent de deux mers d’aciers, les deux littoraux étant bordés des gratte-ciel qui pavent l’horizon de Hong Kong.

Le moderne port du Star Ferry, s’entrelaçant avec le centre des expositions

Dans cet océan de modernité demeurent quelques vestiges des traditions chinoises, tels quelques temples étrangement fréquentés par les passants en tous genre, chacun venant rendre sa révérence à Buddha. Des gens y mangent et y vivent, entre tours de luxe et immeubles vétustes. Autrement, on est plutôt en Europe, la ville est encore empreinte de la domination britannique, chacun parle anglais et est avenant envers les étrangers. Voilà l’une des faces de Hong Kong : celle des contrastes, architecturaux et humains.

La ville est verticale, remplie immeubles aussi haut que fins, et aux murs pavés de climatisations. Aux rues effervescentes de chinois s’ajoutent des zones hostiles à tout ce qui n’est pas motorisé, tels deux systèmes parallèles qui vivent en symbiose tout en s’ignorant. Je me retrouve parfois sur des axes clairement aménagés pour les voitures, bordé de trottoirs déserts, sans commerce ni échappatoire. Ailleurs, c’est l’altitude qui nous capture, les tours étant souvent interconnectées pour former comme un réseau aérien : descendre est un véritable parcours du combattant !

Un petit sentier, attirant par ses extravagantes odeurs d’encens, m’emmenne dans des rues plus traditionnelles. Les vendeurs d’épices, de poissons, de petits objets d’artisanat s’alternent pendant des rues et des rues. Un quartier si calme et rustique au sein du centre ultramoderne de la ville. À la fin, l’incroyable temple de Mo Ma, où tant s’encens brûle que l’air peine à rentrer dans les poumons. Et pourtant, l’atmosphère envoûte !

Chacun contribue à la saturation d’encens du temple Mo Ma

Pour la soirée, retour vers le nord : Kowloon, en face de l’île de Hong Kong. Après le tram, c’est au tour du bus d’être le vecteur de découverte de la ville, avec ses si confortables deux étages. Malheureusement c’est l’heure des engorgements, surtout pour prendre le tunnel qui relie l’île au continent. L’occasion de se reposer un peu après tant de marche, et d’apprécier la coucher de soleil embaumant la forêt de tours. Il fait toutefois un peu froid dans ces bus, les chinois ayant la fâcheuse tendance à climatiser à l’extrême, sûrement à plus de dix degrés en-dessous de la température extérieure. De quoi tomber malade facilement. Le réseau de transport public est très dense et varié : ferries, trams, minibus, bus et taxis remplissent plus les rues et les eaux que les voitures de particuliers. Par contre, aucun vélo ! (Et la ville n’est clairement pas conçue pour.) La population est plus métissée que ce qu’on voit en Chine, avec de l’immigration philippine et beaucoup d’étrangers, d’anglo-saxons notamment.

Les trams à impériale de Hong Kong, si élégants et si pratiques à la fois

Temple street. La folie des puces, un véritable fake market qui fait de tout. Chaque stand a ses spécialisations un peu douteuses : habits, sacs, montres, baguettes, mahjong, anneaux, enceintes, téléphones, câbles, chapeaux, carnets, sextoys, perruques, livres, bibelots, ustensiles de cuisine, souvenirs, décorations, trépieds, pierres taillées, bijoux, dessins… l’insolite d’une brocante, le prix des puces et l’ambiance d’une foire. Cette rue interminable de magasins scintillant dans la nuit et entourés d’autant de restaurants et de comptoirs à manger, tables et plats dehors pour nous faire saliver ! Mobilisant toutes mes ressources, je résiste et n’achète rien.

La mer d’échoppes de Temple Street

Enfin, après quelques dim sums et un zhenzhu naicha fait avec du thé au jasmin, déjà épuisé par cette trentaine de kilomètres à pieds, je monte dans cet historique tram à impériale pour aller dans l’une des zones de nuit de Hong Kong : Lan Kwai Fong. De douteuse réputation, j’aurais espéré y trouver un peu d’ambiance et une furieuse activité nocturne. Ces quelques petites rues escarpées perdues entre deux grandes avenues, dans le coeur battant de l’île principale, sont parsemées de bars et clubs en tous genre. Mais rapidement je me rends compte, peut-être à cause de l’heure encore raisonnable, que rares y sont les chinois : c’est plutôt un repère d’expatriés. Profitant de l’agréable ambiance des rues tamisées par les laternes flamboyantes célébrant la fête de l’automne, je rentre épuisé et conquis par tous ces beaux moments.

中秋节快乐! (Joyeuse fête des Lanternes)

Didier

2 réflexions sur “À defaut de visa, un peu de tourisme”

  1. Je confirme, j’aimerais bien passer un peu de temps à Hong Kong si c’est possible car je ne pourrai pas prendre un mois de vacances à cette période. Bises sans oublier Rosa !

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