Passages de frontières

Le premier visa du Chlorudium arrivant à expiration, il fallait sortir de Chine. Sortir de Chine, oui, mais pour aller où ? En Chine ! Plus précisément, à Macao. La décision n’a en réalité pas été très difficile à prendre compte tenu de l’excitation de Rudy à l’idée d’aller visiter le Las Vegas chinois. Aussi, nous avions tous bien envie de découvrir ce petit joyau de culture portugaise si proche de la maison, autant saisir cette occasion !

La deuxième question qui se posait était le moyen de transport pour y accéder. Ceci a entrainé un débat enflammé entre les sportifs du dimanche et la voix de la raison en vue du weekend déjà bien chargé qui nous attendait. Les « sportifs » ont eu le dernier mot, et nous avons décidé d’aller à Macao à vélo, traversant tout Zhuhai du nord au sud en longeant le littoral.

Sacs à dos préparés, pneus bien gonflés, chaînes bien huilées, nous voilà partis pour traverser Zhuhai à vélo ! Quelle joie que cette balade ! Les coups de pédales s’enchainent le long de la côte, en bord de mer, passant devant les lieux si magiques de cette ville que nous aimons déjà tant (les grandes plages, l’opéra en forme de coquillage, la Yunü et tant de collines boisées ou de promenades richement aménagées).

Arrivés à la frontière, la grande porte de Gongbei, nous cherchons un endroit stratégique pour garer nos vélos. En effet, nous allons les laisser deux jours seuls, autant être prudents — même si nous sommes en Chine. Finalement, c’est accrochés à la barrière d’un parking surveillé en face de la frontière que nous les laissons.

Le passage de la frontière ne fut pas sans encombre. En effet, Didier, qui a voulu profiter de l’occasion pour activer son e-channel : c’est l’équivalent de la Parafe européenne, qui permet de passer les contrôles aux frontières par les bornes de reconnaissance biométrique, comme un véritable petit Chinois. Mais… il est resté coincé une petite heure en zone internationale, ne pouvant ni retourner en Chine, ni entrer à Macao car soi-disant il n’avait pas assez de cheveux comparé à la photo de son passeport, ce qui dérangeait grandement les officiers chargés d’activer la reconnaissance biométrique. En l’attendant, le Chlorudium semi-Judiesque s’était réfugié dans un traditionnel McDo afin de prendre un bon goûter et boire un café. Il fallait bien s’occuper !

Une fois Didier récupéré, après trois officiers différent contrôlant son visage, nous serpentons au gré des feux dans les petites ruelles de Macao. Dès le passage de la frontière, la différence avec Zhuhai est palpable. La pollution est beaucoup plus prononcée, et la population tellement plus dense. L’architecture détonne également : aux résidences modernes et luxueuses de Zhuhai répondent des immeubles vétustes et délabrés, recouverts de grillages peu accueillants et assombris par la pollution ambiante.


Rudy, excité tel un enfant qu’on aurait amené à Disneyland, ne pouvait patienter plus longtemps… Il fallait absolument courir au casino le plus proche ! Mais avant cela, nous passons à l’hôtel déposer nos affaires. Ce qui nous frappe lors de notre marche jusqu’à l’hôtel est la diversité des quartiers de Macao : en une demi-heure de marche se sont alternés taudis, temples bouddhiste, églises, parcs publics, places où les Chinois jouent au Xiangqi, ruelles typiquement portugaises illuminées pour les fêtes et rues commerçantes. D’ailleurs, tous les noms des rues sont écrits à la fois en chinois et en portugais, ce qui est très pratique pour le Judier : l’un parle parfaitement portugais et baragouine le chinois tandis que l’autre parle le chinois et baragouine le portugais. Le Chlorudium, quant à lui reste, dans ce flou total auquel il est fort bien habitué depuis un mois.

L’hôtel se trouve dans la Rua da Felicidade (la rue du bonheur), une petite rue fort sympathique, pavée, lumineuse et entourée de nombreuses boutiques locales. Elle est de plus à proximité des casinos pour le plus grand bonheur de Rudy. L’hôtel parait minuscule, car dès le passage de la porte d’entrée nous nous retrouvons dans une pièce de six mètres carrés environ. En face de nous se trouve ce qu’on pourrait appeler un bureau d’accueil et sur notre gauche l’ascenseur. Rien de plus à l’intérieur de cette pièce qui ne pourrait de toute évidence rien contenir d’autre de toutes façons. Nos chambres sont au troisième étage, nous nous retrouvons donc tous entassés dans le minuscule ascenseur. Les portes s’ouvrent bizarrement sur un grand couloir donnant accès à une myriade des chambres de bon standing. Le Judier a la chance d’avoir une fenêtre donnant sur le Grand Lisboa, le plus célèbre casino de Macao. Le Chlorudium n’a pas cette chance (nous ne parlons pas de la vue, mais déjà de la présence d’une fenêtre !)

Nous posons rapidement nos affaires et nous nous dirigeons toujours à pied vers les casinos. Plus on s’approche, plus les ruelles s’élargissent, plus les immeuble se défient les uns les autres de luxe et d’exubérance. Les lumières omniprésentes nous aveuglent presque. Nous sommes enfin dans le quartier des casinos, et c’est le Grand Lisboa qui nous accueille et vers lequel nous nous dirigeons en premier. Dans ce plus grand casino du monde, après un tour, Rudy ne trouve pas de table de Blackjack adaptée à son budget, nous enchaînons donc avec le Petit Lisboa, qui ne propose que des tables de Baccara (jeux dont les règles demeurent encore aujourd’hui un mystère, mais qui semble être le jeu roi de Macao) ainsi que des machines à sous. Déçus nous nous enfonçons plus profondément dans ce quartier où les casinos pulullent, certains Rudy finirait bien par s’assoir à une table. Nous passons donc au Président, au Star World puis au Wynn, mais toujours pas de table adaptée : les mises minimum sont très élevées. Fatigués de tant de piétinement, nous rentrons coincher à l’hotel après avoir observé un Chinois jouer des dizaines de milliers d’euros en quelques minutes, dans la plus grande décontraction : une démesure où les nombres perdent leur réalité !

Le lendemain matin à 8h30, nous cherchons désespérément un café dans les rues encore endormies à cette heure si matinale. Enfin, devant les ruines de l’église Saint-Paul nous trouvons un Starbucks, où nous savourons notre café hors de prix avant de visiter ce lieu culte dont il ne reste que la façade du XVIe siècle. La balade touristique se poursuit dans les jardins attenants qui nous proposent une vue impressionnante de Macao. Nous nous dirigeons alors vers le jardin de la fleur où se trouve la Fortaleza da Guia, que nous explorons enchaînant montées et descentes embaumées d’une végétation très agréable dans cette ville on ne peut plus urbaine.

Pour la suite de la journée nous avons fait trois groupe : Rudy, n’ayant pas pu perdre son argent la veille, est allé jouer au Petit Lisboa ; Julie est allé travailler à la bibliothèque, en faisant un détour par le cimetière protestant, attirée par le bleu éclatant de l’église ; et Didier et Chloé ont continué à faire les touristes en allant visiter trois églises (deux jaunes et une verte), la maison du mandarin, et le consulat du Portugal avant d’aller retrouver Rudy en longeant le bord de mer.

Arrivés au casino pour récupérer Rudy il nous annonce qu’il a perdu 300 euros. Chloé devient livide jusqu’à ce que Rudy avoue qu’il a en fait plus que doublé sa mise. Les yeux de Chloé s’illuminent alors imaginant la pluie de sacs à main qu’elle pourrait s’acheter avec autant d’argent en Chine ! Nous nous dirigeons enfin vers la bibliothèque de Macao pour récupérer Julie et passer la frontière pour rentrer à la maison.

Une fois en Chine, avant de prendre la route du retour, nous déambulons parmi les milliers de boutiques souterraines du fameux fake market de Gongbei. Toutefois, nos jambes nous pèsent, la fatigue se fait sentir, et le retour en vélo rajoute du poids psychologique à cette fatigue : nous ne nous attardons donc pas. C’est alors que, au moment de prendre enfin la route pour la maison,  nous remarquons qu’il ne reste plus que deux vélos sur quatre ! Les vélos de Rudy et Julie avaient disparus… ils sont donc rentrés en bus et ont couru à la fac se racheter des vélos. Didier et Chloé sont rentrés courageusement sur leurs roues, avec comme objectif d’arriver en premier. En mode compétition, les deux compères ne s’offrent ni pauses ni délais, mais arrivent malgré leurs efforts quelques minutes après les piétons. Vélos tout neuf acquis, nous retrouvons les copains au Cheval Blanc pour fêter l’anniversaire d’Henry. Nous revoyons notre serveur atypique que nous surnommons désormais « Chicken Depp ». Enfin, nous terminons par notre premier karaoké chinois où nous avons bu, chanté, dansé toute la nuit vu que nous n’étions pas assez fatigués de notre week-end.

Une réponse à “Passages de frontières”

  1. Que d’aventures ! Et surtout, quel esprit d’adaptation ! J’ai hâte de connaître la suite de vos péripéties qui sont narrées avec tant d’humour. Cela pourrait, d’ailleurs, faire l’objet d’un livre à compte d’auteur…
    Je vous souhaite de merveilleuses fêtes de fin d’années. Bisous à tous les quatre.

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