À l’attaque du Sunset Peak

Nous étant préparés à randonner des semaines s’il le fallait, le seul obstacle à notre volonté de marcher étant le possible manque de sous-vêtements, nous nous mîmes en route vers Hong-Kong, avec projet de dormir chez Charlie. La chance nous sourit : le fameux pont Hong-Kong – Zhuhai – Macao, le plus long du monde (!), nous permet désormais de rejoindre l’île en bus à moindres frais, et ce, plus aisément que par le traditionnel ferry. Arrivés à la fin du pont et sur les conseils avisés de Marie, improvisée « tour guide » pour ce week-end, nous prenons un bus vers Central, sur l’île principale dont la skyline fait pâlir de jalousie les plus grandes métropoles américaines. Arrivés à Nathan’s Road, allée principale, et après une petite escale dans un piège à touristes vendant des dim sums, nous nous dirigeons vers la jetée pour rejoindre Lamma, l’île sur laquelle habite Charlie.

Nous passons une nuit bien confortable sur cette île de Lamma, repère de hippies hipsters où l’on découvre un petit paradis de dédales insolites où se mêlent nourriture anglaise et chinoise, rassemblées sous le signe de la bière : notre chère boisson sera notre réconfort après les diverses mésaventures que nous vous contons !

Arrivés sur l’île et sur les conseils de Charlie, nous nous mettons en quête d’une Pizzeria… qu’on découvre déjà fermée. Et c’est en fait le cas de (presque tous) les restaurants de l’île : le style de vie hipster n’aura pas pu triompher de l’habitude chinoise de manger si tôt. Heureusement, le temple de la gastronomie locale, Best Kebab and Pizza, nous propose ses divins services contre quelques deniers locaux, les dollars hong-kongais : nous nous délectons de plats typiques comme la pizza au kebab ou encore les nachos.

Toutefois, cette belle soirée sans encombres ne saurait nous affranchir de notre destin aventureux, ou plutôt de notre tendance à attirer les ennuis. En effet, une plaie d’apparence anodine qu’Henry s’était faite lors de son retour à vélo de Macao la semaine dernière s’enflamme depuis quelques jours, au point que cela en devient inquiétant. Heureusement, collé au petit temple de Lamma se trouve un dispensaire ouvert 24h/24 nous rassurant quant à son prognostic vital et lui donnant quelques antibiotiques.

Après une bonne nuit de sommeil, on part pour la randonnée. Henry passe chez le médecin à 9h comme prévu, de sorte à nous retrouver au port à 9h40. Pendant ce temps, le reste de la troupe peut partir tranquillement vers la grande randonnée prévue ce jour-ci : le Sunset Peak. Didier oublie son appareil photo à l’intérieur, Charlie doit récupérer ses T-shirts qui ont plané depuis l’étendoir à linge du balcon jusqu’aux buissons avoisinants : une bonne occasion de remonter à la maison. Mais… Julien a claqué la porte. Didier n’arrive pas à ouvrir la porte, commençant à se sentir un peu idiot. L’aventure commence bel et bien à mal tourner : Charlie nous annonce que cette serrure n’a jamais été fermée, et n’a aucune idée de qui pourrait bien détenir cette clé. Va pour l’appareil photo et le T-shirt, mais il faudra bien trouver un moyen de rentrer pour dormir ce soir ! Un seul moyen nous vient à l’esprit : accéder au balcon, au troisième étage, encore entrouvert. En levant les yeux, un mur abrupt, fait de carrelage, sans aucune prise évidente où que ce soit, pas même de gouttière. De plus, sous le balcon se trouve une la pente raide de la colline, parsemée de fils électriques et de barrières… Descendre depuis le toit semble la seule solution « raisonnable ».

Précipitament, captant le peu de WiFi qui parvenait encore jusqu’à nous depuis la maison, on prévient Claire qui est à Paris pour qu’elle prévienne Judith et Guillaume, deux voisins grimpeurs de Lamma, pour qu’ils puissent nous retrouver ce soir à la maison avec le matériel nécessaire pour la mission. Cela va être compliqué vu que Charlie a laissé son téléphone à la maison et ne connaît pas leur adresse. Resdescendus au port peu avant le départ du bateau que nous avions prévu de prendre, voyant filer les dernières minutes restantes, nous nous rendons à l’évidence : Henry et Marie ne reviendront pas à temps. En effet, il y avait trop de queue au dispensaire pour Henry : il faut finalement prendre celui de 11h40.

Arrivés à Lantau, il est déjà 12h30. On est bien loin du plan idéal de commencer à marcher vers 9h. Pendant que nous achetions de l’eau en bouteille pour les transvaser dans nos gourdes (une absurde écologie), un Anglais ivre et envahissant nous convainc de rentrer dans le restaurant népalais d’en face. C’est loupé pour manger vite et léger. Espérons maintenant arriver à la fin avant la nuit, tout du moins à la moitié. Tout en digérant…

Le programme : les tronçons 1, 2 et 3 de la traversée de l’île de Lantau. Le premier tronçon n’était en fait qu’une pénible ascension le long du bitume. Pénible, pour Julie seulement qui tenait le rythme malgré tout. Commence enfin la vraie randonnée : le Sunset Peak. Les marches s’enchaînent. La tête du groupe grimpe comme des chamois, Julie se traîne tant bien que mal, accompagnée de Charlie et Didier. Une première pause s’impose, Julie a des vertiges de plus en plus désagréables. Elle ne voit plus le sol escarpé. Une envie de vomir s’installe depuis déjà quelques minutes en elle.

Une bonne grosse dizaine de minutes plus tard, nous repartons tous les trois. Au bout de quelques pas, il faut de nouveau s’arrêter. Charlie nous laisse et rejoint les autres pour leur proposer de faire deux groupes, Julie et Didier font demi-tour et on se donne rendez-vous au temple au bout du troisième tronçon avant 17h, ou à Central si plus tard. Nous revoilà dans l’ancien temps, privé du réseau de China Mobile, à s’envoyer des messages par coursiers interposés. Cette pause du côté de Julie et Didier dure longtemps. Puis, nous recommençons à monter quelques marches. Nouvelle pause vomi. Julie refuse de faire demi-tour et malgré ces conditions difficiles pour elle, elle finira cette randonnée ! Elle se transforme petit à petit en légume mais continue de grimper encore et toujours, soutenue par Didier à chaque marche. Chaque tournant cache une nouvelle série de marches qu’il faut grimper. Enfin nous voilà en haut ! Il nous reste une demi-heure avant le coucher du soleil.

Il faut vite descendre l’autre versant de la montagne pour rejoindre la route avant la tombée de la nuit. Didier se fait pressant, Julie qui n’en peut plus, réclame une pause de trop qui lui est refusée. C’est en larmes que cette descente se finira, jambes tremblantes, le jour baissant de plus. La nuit arrive, et un Anglais nous tombe dessus et nous raccompagne jusqu’en bas avec sa lampe torche.

Pendant ce temps là, le reste du groupe a souffert aussi, le pic de vitesse de Charlie doublant tous les randonneurs aguerris, cette ascension pénible à une vitesse folle vu que le but est ce temple, derrière la montagne suivante. Eux aussi arrivent fatigués en bas de l’autre versant, peu avant 17h. Plus de temps pour le Lantau Peak, troisième tronçon. D’autant que Marie et Pierre rentrent ce soir à Zhuhai.

Un sursaut de réseau, et le point de rendez-vous se précise : Central, sur le quai du bateau pour aller à Lamma, sinon, dans un café à Lamma.

Nous sautons dans un bus, puis dans un bateau pour Central. Personne sur le quai de Lamma. Arrivés au dit café, il n’y a personne non plus : ils ferment dans un quart d’heure. Les autres ont dû rentrer essayer de résoudre ce problème de porte fermée à clé. Julien nous retrouve sur le chemin. Judith et Guillaume arrivent avec le matos. On fixe la corde autour de la cuisine qui donne sur le balcon. Julie comptait descendre en rappel, mais ces nouvelles technologies de grimpeurs qui consistent à descendre accroché à deux brins de la corde ne lui sont pas familères, et c’est Guillaume qui descend. Cela lui prend un certain temps d’arriver à se jeter dans le vide. Enfin, nous pouvons rentrer dans la maison, manger des nouilles instantanées à défaut de ces inaccessibles pizzas, et s’écrouler de fatigue.

Descente en rappel

Finalement, le lendemain, après une petite balade dans Lamma, nous profitons du couché de soleil et des pizzas.

Coucher de soleil sur Lamma

4 réflexions sur “À l’attaque du Sunset Peak”

  1. Oupps, pas cool tout ça ! Mais tout est bien qui finit bien même si on se perd un peu dans les contraintes des uns et des autres.
    Encore une sacré expérience que je partage avec vous avec beaucoup de bonheur.
    Bises

    Môman

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