Nous préférons le Dragon au taxi

Où partir pour le nouvel an chinois ? Il s’agit de nos seules vacances chinoises de l’année, pas moins de cinq semaines ! Ce pays-continent, digne d’être une Europe asiatique par sa diversité, nous inviterait à en croquer tous les recoins. Mais il y en aurait pour une vie, nous délaissons donc les immenses déserts de la route de la soie et l’effervescence urbaine de la côte, et nous décidons à partir découvrir l’intérieur de la Chine du Sud : direction le Guangxi pour commencer. Julien et Henry nous accompagnent pour ces trois premières semaines de vacances avant d’aller rejoindre leurs acolytes aux Philippines !

Mais que faire dans cette région aussi grande et peuplée que la France ? Il faut bien couper dans ce succulent gras et essayer de profiter pleinement de quelques unes des merveilles bien choisies que les lieux ont à offrir : nous irons autour de Guilin, l’un de ces paradis d’Asie offrant autant d’incroyables rizières que des pics karstiques époustouflants, idéal pour s’évader et randonner toute la journée dans une Chine plus rurale, plus authentique, peut-être plus traditionnelle aussi, encore peu dénaturée malgré le tourisme.

La préparation va bon train, mais un peu tard : à procrastiner jour après jour, puis semaine après semaine, on en arrive à quelques jours du départ sans avoir décidé quoi faire. Et quand on s’y met enfin… les trains sont bondés, même les places debout, et les avions sont dix fois plus chers qu’ils ne le devraient. Naturellement : c’est le Nouvel an chinois, et tous profitent de ces vacances, les seules de l’année, pour voyager ou rentrer dans leur maison de famille. Nous taillons donc un peu le programme en fonction. Encore faut-il s’équiper pour pouvoir emmener des habits suffisamment chauds pour s’attaquer aux hauteurs du Sichuan. On passe donc chez… Décathlon, où on achète de nouveaux sacs suffisamment grands pour le tour de Chine du sud, et un peu de matériel. Finalement, les sacs sont remplis à raz bord avec nos précautions pour le grand froid. Lorsque le gong sonne pour le départ, on finit tout juste de prévoir les trains des jours suivant et de réserver quelques auberges pour les premiers jours. On décidera au jour le jour ce qu’il arrivera, en fonction des envies et des possibilités ! Avec la vingtaine de billets déjà prévus en main et les traditionnels naichas, c’est parti !

Les cinq heures de train (pour aller à côté sur une carte de Chine : on redecouvre toujours l’immensité de ce pays) ont permis de faire une partie de Dame de Pique et de vaquer à nos occupations, entre Chinois bruyants écoutant films et musique sans casque… Souvenirs d’Allemagne. En arrivant vers 23h, nous prenons un taxi pour parcourir les quelques kilomètres nous séparant de l’hôtel. Mais… Au lieu des 2 yuans par km on constate que le compteur monte vite. Très vite. Bien trop vite. On devait payer 15 yuan en tout, nous voilà déjà à 40. Il monte de manière irrégulière. On en profite pour vérifier sur internet quelque d’informations. Le compteur est à 60. Il semblerait qu’il y ait des « Black taxis » à Guilin, qui se font passer pour des officiels. 80. Ils doivent avoir un compteur et leur license à côté selon les sites officiels. Pas de licence apparente devant nous. 100. Julie monitore le trajet, il fait clairement des détours. 120. On finit par avorter la course et demander à descendre, le compteur est à 140. On note avant tout sa plaque d’immatriculation, CT2061, pourtant a priori conforme aux plaques de taxis. On demande une facture, qu’il donne contre toute attente, mais on finit par partir en ne payant que 20. Julie s’occupait de la négociation, pendant ce temps nous autres avions déjà récupéré ses affaires dans le coffre. Il nous court après en hurlant, mais après lui avoir dit en hurlant tout aussi fort que Julie habitait ici et qu’elle connaissait les prix, il disparaît. La tension redescendant, le fameux taxi CT2061 commence à nous hanter un peu.

Heureusement l’hôtel est proche du petit centre de Guilin, et nous en profitons tous pour nous dégourdir les jambes autour des chaleureux et paisibles lacs et canaux de la ville, de sorte que le Judier atteint son objectif de marche quotidienne (la nouvelle année chinoise vient aussi avec ses bonnes résolutions).

Nous dégustons quelques brochettes après s’être perdus autour du centre ville dont on fait le tour de nuit, parcourant les agréables chemins aménagés de l’île Centrale pour finir aux pagodes de la lune et du soleil. Malheureusement déjà éteintes. Décidément, l’aventure commence avec bien des déconvenues ! Heureusement, l’auberge est fort agréable et peu chère.

Au petit matin, après s’être couchés à 3h le temps de décompresser de nos émotions pendant que CT2061 nous taraudait l’esprit, nous nous réveillons un peu tard pour nous diriger vers Yangshuo, la cœur des paysages karstiques. Finalement trop tard pour les bateaux, mis à part un dernier que l’auberge peut nous arranger, pour lequel il faudrait partir incessamment. Nous abandonnons donc, on ne veut ni l’urgence ni la balade hors de prix pendant ce temps brumeux. Heureusement, Julie se rendra compte plus tard que personne n’était très réveillé : ce n’était pas du tout ce qui était prévu, l’hôtel pour la nuit étant déjà réservé ailleurs ! Nous en profitons alors pour prendre un petit dej avec de vraies gauffres et d’honnête pancakes (Didier en quête toujours).

Le jardin de la beauté solitaire où des grottes, qui ont été le sanctuaire de certains des plus célèbres poètes de Chine, sont aujourd’hui dédiées aux anciens empereurs Ming et à leurs soixante gardiens gravés dans la roche. Nous escaladons le premier de nos pics karstiques : la roche de la beauté solitaire, aux marches immenses mais qui nous récompense par une belle vue. Puis, nous nous attaquons à la montagne de la subjugation. Après un déjeuner dans un restaurant incroyable nous partons pour Dazhai, un petit village au milieu des rizières en terrasses de Longji. Pour cela, il nous faut nous rendre en bus jusqu’à la petite ville dans la vallée.

Le trajet en bus nous fait découvrir les terribles routes du centre de la Chine, fort peu confortables. L’écologie chinoise est à son comble lorsque nous nous rendons compte que le chauffage comme la climatisation sont à fond, nous brûlant les pieds pendant que nous attrapons un rhume par le haut du corps. Après ce trajet difficile essentiellement passé à somnoler pour chacun de nous, nous négocions un taxi pour nous emmener vers les petites routes sinueuses de Longji. Tellement escarpées, rendues plus difficilement praticables encore lorsque la nuit nous surprend à tomber très vite, qu’on nous annonce qu’on ne pourra pas aller jusqu’à Dazhai à cause d’un éboulement sur la route. Mais l’auberge était réservée là-bas… Heureusement, Booking nous montre encore une auberge disponible à Ping’An. En pleine nuit, encore faut-il la trouver dans ce petit village pittoresque, tout en bois, sillonné par des escaliers et des cascades descendant dans les rizières, apparemment désert. On finit par arriver dans notre fort sympathique palais, encore une belle surprise pour une auberge si peu chère et chaleureuse.

Le café nous attend tout chaud au réveil. On voit les ânes grimper péniblement la côte chargés de sacs énormes ou de pas moins de quatre bouteilles de gaz puis la redescendre en gambadant. C’est à notre tour d’affronter cette côte ! Nous serpentons au hasard les rizières pour parcourir certains des points de vue de ce magnifique dos de dragon : ça monte et ça descend sans cesse, mais on a notre récompense. Arrivés au pic des neufs dragons et des cinq tigres, le petit village local est en fête. Les Chinoises vêtues de leurs habits traditionnels dansent joyeusement autour d’un dragon animé par quelques danseurs de talent pendant que deux tigres, constitués chacun de deux personnes, sautent partout.


La fête se calme et nous nous émerveillons de la vue, avant de repartir vers le pic des sept étoiles. Des ouvriers sont en train d’y construire une plateforme pour accueillir les touristes de l’été prochain. Un chemin grimpe sur la droite, s’enfonçant dans la nature profonde. Nous l’empruntons. Ça grimpe. Ça grimpe sans cesse. De plus en plus fort, avec un terrain de plus en plus glissant. Nous avons beau voir la cîme des arbres toute proche, jamais nous n’arrivons au sommet et décidons de faire demi-tour lorsque, résignés, nous nous rendons à l’évidence que rien ne nous attendra au sommet. En chemin, nous croisons un couple de Chinois qui ont l’air d’avoir plus de 80 ans et nous disent rentrer chez eux en grimpant tranquillement cette montagne infinie. Nous rentrons à Ping’An, puis nous nous réchauffons à l’auberge avant de se diriger vers Yangshuo. Nous devons partir mais nous aurions sûrement bien profité d’un peu plus de temps dans ce petit paradis tranquille, surtout dans ces ruelles désertes de la basse saison, entouré de toute part d’impressionantes rizières.

Une réponse à “Nous préférons le Dragon au taxi”

  1. J’ai également vu le spectacle de la danse du dragon et des tigres hier à Macao ! Quelle beauté, j’en ai pris plein les yeux.
    Les photos de vous sont superbes. A bientôt les amis 🙂

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