Traque le long de la rivière Li

Le dimanche s’annonce excitant, et bien moins soumis aux aléas puisqu’il s’agit de randonner entre deux villages voisins : de Xingping à Yangdi. Un sentier de randonnée d’une journée, baignant au sein des pics karstiques de la région tout en longeant la rivière Li, tout cela gratuitement et ne reposant que sur nos propres jambes : que rêver de mieux ? (d’autant plus que, avouons-le, avec WeChat Run nous essayons vivement de faire le plus de pas possible chaque jour pour finir premier du classement de nos contacts). Malgré l’incertitude récurrente des informations — même touristiques — en Chine, nous arrivons à bon port sans encombres et nous engageons dans un sentier de randonnée pour le moins aménagé : il s’agit d’une route pour voitures. Les paysages sont époustouflants, nous passons en particulier devant un paysage bien connu de tous les chinois, puisqu’il s’agit de celui présent au dos des billets de 20 yuans.

Billet de 20 Yuan et paysage. Source : Wikipedia.org

La matinée s’achève avec une agréable traversée de la rivière en bateau, pour rejoindre la rive sur laquelle continue le sentier (comme on s’y attendait, essentiellement non balisé). Affamés, nous nous asseyons dans un petit restaurant longeant le fleuve, entouré de poulailliers autour desquels de magnifiques coqs se baladent, où une mère de famille nous propose du riz et du poulet. Après quelque 40 minutes d’attente fort étranges, nous amenant à nous demander si elle n’est pas en effet allée tuer le coq pour nous, le bon riz dont nous raffolons tant arrive en grande quantité ainsi qu’un immense plat de poulet — essentiellement composé de ses morceaux osseux ainsi que de ses abats. Quelle ne fut pas donc notre surprise lorsqu’au moment de payer, on nous annonce 323 yuans, autrement dit plus que n’importe quel de nos repas depuis notre arrivée en Chine. De loin. Voilà ce que c’est de ne pas demander le prix lors de la commande — qui l’eût cru ? – pour du poulet et du riz en Chine. Ainsi donc, après l’épisode CT2061 et celui-ci, nous voilà rappelés à l’ordre : les Chinois ne manqueront pas d’occasion de se faire de l’or sur notre dos.

Repartis pour l’aventure, escortés de chiens et de coqs, nous rejoignons de petits sentiers plus champêtres et agréables en bord de fleuve, parés à digérer ce si cher festin. Nous croisons une dame Chinoise d’un âge honorable qui rentre aussi chez elle vers Yangdi, et qui nous propose donc de faire le chemin avec nous. Elle a un bon pas, et connaît bien les chemins. Mais nous aimons notre tranquilité, nous engouffrant parfois dans des chemins plus escarpés ou nous arrêtant pour les quelques photos de rigueur, chaque coup d’oeil à droite ou à gauche donnant l’envie d’immortaliser le moment, même lorsque la vieille dame insiste sur le fait que le chemin ne mène nulle part. Toutefois, à chaque occasion, elle s’arrête pour nous attendre. Nous commençons à nous douter du pot-aux-roses : elle attend que nous arrivions tous ensemble à Yangdi pour nous extorquer quelques dizaines de yuan de plus. Déjà révoltés d’avance, nous devenons méfiants, même si certaines âmes pures prônent que ce n’est que de l’innocence.

La vieille fouillant dans les buissons en retrait

La situation devient de plus en plus étrange quand elle commence à passer des appels et à parler d’argent aux quelques passants du village que nous traversons. Elle évite avec dextérité chaque tentative d’esquive. Lorsque nous nous arrêtons, elle fait de même, faisant mine de fouiller dans les buissons ou de ramasser des choses. Lorsque nous bifurquons, elle nous enjoint ardemment de reprendre la route avant de réapparaître, deux minutes plus tard, derrière nous. Coincés, nous n’avons pas d’autres choix que de la semer : essayons chacune des bifurcations possibles. Malheureusement, l’une après l’autre, les opportunités tombent, impasse ou embarcadère, nous forçant à reprendre le chemin surveillé par notre traqueuse. Nous commençons à entrevoir les pires scénarios, la vieille étant une créature démoniaque cherchant à nous kidnapper, prévenant petit à petit tous ses sbires de se regrouper et de préparer le traquenard en aval. Nous devons nous en délivrer au plus vite.

Enfin, nous arrivons à un petit embarcadère, sous les hurlements de la traqueuse, où nous commençons à négocier avec un batelier local pour qu’il nous amène sur l’autre rive du fleuve — un bon moyen de la semer. La discussion dure longtemps, apparemment ce n’est pas possible, il ne peut circuler que proche du rivage, la profondeur du fleuve au centre étant trop grande pour son bambou moteur. Mais, contre toute attente, la vieille n’étant plus là. Remontant, on l’aperçoit sur notre gauche, nous partons donc d’un pas vif, furtif et décidé vers la droite. Nous serpentons à travers des orangeraies et des plantations, entre fermiers qui travaillent, pics karstiques et fleuve, une échappée magnifique, un chemin de traverse que nous n’aurions pas emprunté sans avoir vécu cette haletante traque.

Après déjà quelque 30000 pas, le sentier s’efface petit à petit, nous laissant livrés à nous-mêmes au milieu de buissons et rochers, coincés entre la Li et les murs abrupts et impressionants du pic karstique que nous longeons. Nous découvrons quelques chèvres, une belle cascade, et toujours d’époustouflants paysages.

Toutefois, le temps commence à presser : nous avançons très lentement, la nuit se rapproche, et il reste deux kilomètres à parcourir sans aucune certitude quant à la route à suivre. Julie et Henry trouvent quelques cavités, certaines ont l’air d’être de véritables grottes, de quoi ravir les amis spéléologues qui passeront nous voir (n’est-ce pas Poète ?). Enfin, nous arrivons à une entrée de caverne dans laquelle s’engouffre une rivière souterraine. Outre ce paysage rajoutant à l’incroyable de cette journée, nous découvrons aussi que la route s’arrête là : une forêt de bambou dense suivie d’une grotte peu praticable la suit, sans certitude de l’issue de cette seule direction possible, désormais dos à la paroi rocheuse et déjà les pieds dans le fleuve. Nous sommes loin du dernier village, et aucun moyen de traverser à l’horizon. Plus aucun bateau ne passe, il est trop tard. La nuit arrive. L’une des rares options : un radeau traîne à l’entrée de la rivière souterraine. Pourquoi ne pas s’en servir pour traverser, espérant que le courant ne soit pas trop fort vers l’aval ? Nous allons donc le chercher, l’eau glacée jusqu’aux cuisses, évitant les chutes sur les rochers glissants. Mais rien n’y fait, c’est encore une déconvenue : le radeau est attaché à une chaîne : le radeau a pour raison d’exister l’entrée dans la grotte via la rivière souterraine, Julie refuse donc qu’on l’ « emprunte ». Commençant à nous rendre compte de l’impasse, la tension montant à la même vitesse que la lumière s’atténuait, le miracle survient : le bâtelier de tout à l’heure apparaît !

Notre sauveur !

Il n’accepte pas vraiment de nous remonter vers notre objectif Yangdi, n’ayant apparemment pas l’autorisation de transporter des personnes dans cette direction. Nous essayons de lui demander de nous embarquer pour l’aval alors, vers son village. Mais son radeau est trop petit pour quatre. Enfin, Julie négocie avec brio de nous emmener deux par deux jusqu’à l’île la plus proche puis de finir à pied. Les Chinois ne perdent pas le sens des affaires toutefois : cette belle issue — en particulier avec une incroyable balade en radeau bien méritée, qu’Henry essayait de suivre en courant à toutes jambes sur la rive — vient avec un dîner dans sa maison (payant, bien sûr) et un raccompagnement en voiture jusqu’à Yangshuo (payant, bien sûr). Mais cette fois-ci, le jeu en valait la chandelle !

Une réponse à “Traque le long de la rivière Li”

  1. Chaque phrase me fait rigoler et rêver ! Quelle aventure ! Et je vous tire mon chapeau pour le classement WeChat Run, où, il est vrai, j’ai bien du mal à m’aligner ^^

    Les photos sont magnifiques. Je vous envie presque (mais mes photos de Hainan sont bien aussi, NA ! et en plus le riz y coute beaucoup moins cher HAHAHAHAHAHAHA)

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