De la Chine à la « Chine »

En pleine pandémie où la Chine est probablement plus épargnée que le reste du monde, nous sommes toutefois contraints de quitter la Chine continentale pour aller nous installer à Hong Kong (toujours en Chine, donc…). Le projet originel était de passer la semaine à Hong Kong et nos week-ends à Zhuhai, en traversant ce pont si pratique entre les deux villes. Le projet d’une vie idéale de frontaliers s’évanouit ainsi au profit d’une expatriation à Hong Kong, où Julie enseignera au Lycée Français International.

Le Judier est bien chargé !

Nous voilà donc partis, après avoir rendu l’appartement de Canton pour rentrer à Zhuhai, puis celui de Zhuhai pour un des logements de l’université, puis ce dernier pour Hong Kong (me mentionnons pas les quatre amis dont il a fallu déménager et faire rapatrier les affaires en France, le tout lors des trois dernières semaines). Tortues aventureuses, notre maison sur notre dos (en pas moins de quatre valises, quatre sacs à dos et deux sacoches), nous partons pour prendre l’un des rares bus circulant encore.

En route !

Le poste frontière de Zhuhai souvent si vide l’est encore plus aujourd’hui. Seuls les gardes et employés, hautement protégés contre tout postillon malicieux, s’inquiètent et s’agitent de notre présence. Que peuvent bien faire des étrangers en Chine ? Et surtout que font-ils à une frontière si peu pertinente en ces temps de pandémie (surtout vu l’augmentation récente des cas à Hong Kong). Deux premiers contrôles s’enquérant des raisons de notre présence, un examen des bagages, une prise de température, une vérification de QR code, une de passeport, puis enfin le passage de la frontière pour sortir de Chine… où un supérieur doit venir pour comprendre et confirmer, puis les douanes… Étonnamment, sans accroc (ou plutôt : étonnamment long pour sortir).

Soixante kilomètres sur la mer plus loin, nous arrivons au poste frontière. Et là, dans ce grand hall, habituellement tout vide… une trentaine de gardes en demi-cercle, vêtus comme pour une guerre bactériologique, nous attendent de pied ferme (photos malheureusement interdites). Un premier contrôle de QR code, puis un second, puis nous nous retrouvons à l’entrée d’un donjon de type porte-dragon-trésor si cher aux gamers que nous sommes : une demi douzaine de stands, chacun avec son formulaire à remplir, puis à vérifier : entrée dans Hong Kong, vérification des visas, remplissage du formulaire de quarantaine, obtention d’un un premier tampon, puis d’un second, explications insistantes et infantilisantes des peines encourues pour ceux qui pensent qu’ils peuvent se balader hors de leur chambre, obtention d’un troisième tampon, remise du livret d’accueil de la quarantaine et de suivi de santé à remplir tous les jours, puis remise des bracelets électroniques, installation de l’application de traquage, puis enfin passage de la frontière où il faut encore appeler un responsable. Pour finir, n’oublions pas les douanes… Hong Kong, nous voilà ! La bonne surprise est que, venant de Chine continentale, nous n’avons pas besoin de faire un test à l’acide nucléique et d’attendre pendant huit heures le résultat dans un hangar désaffecté.

Le bracelet de contrôle pour la quarantaine.

Aussitôt sortis du poste frontière, nous embarquons dans un taxi qui nous dépose à notre hôtel. Le coût du taxi ne manque pas de nous rappeler la différence du coût de la vie entre la Chine et la « Chine ». L’hôtel se situe en plein cœur de Hong Kong. Didier reconnaît ce trottoir où il a passé tant de temps à essayer de trouver un passage piéton il y a bientôt deux ans. Le hall est rutilant ! On nous fait patienter pendant un petit quart d’heure avant de nous emmener dans notre chambre que nous ne quitterons pas pendant 333 heures.

Un lit et… un tout petit peu plus de place.

Nous découvrons moins de 20 m2 de moquette, à moitié occupée par un lit près de la fenêtre un semblant et une petite salle de bain. Il y a des mirroirs sur chaque mur, ce qui donne néanmoins une impression d’espace. Heureusement, il y a la vue.

Mangnifique baie vitrée sur l’hippodrome Happy Valley de HK

Voici l’hippodrome de Happy Valley, où l’on parie sur les plus beaux canassons du tout Hong Kong les mercredi soir. Cela nous rappelle cette escapade avec Charlie et Claire où, il faut le dire, nous avions gagner de quoi rentrer en taxi jusqu’au port… Les cheveaux courront-ils ce mercredi ? Qui vivra verra mais, avec le virus, cela nous semble peu probable.

Avant de défaire nos valises, nous commandons à manger via Delivroo. L’hôtel nous autorise à deux livraisons (seulement) par jour (avant 19h) qui seront déposées devant notre porte. On frappe, nous attendons quelques secondes que le livreur soit parti avant d’ouvrir la porte (masqués bien entendu) et de récupérer notre repas. C’est ici que nous déposerons nos ordures, bien scéllées dans des sacs blancs, ou notre linge de maison, bien scéllé dans un sac noir, chaque jour à 14h, mais surtout pas à un autre moment de la journée sous peine de payer 50 fifrelins.

Pas de temps à perdre : si nous voulons survivre psychologiquement à ces quatroze jours, il est fondamental de bien s’approprier les lieux et de mettre une touche de chaleur à cette chambre d’hôtel la plus classique. Nous déplaçons le lit, mettons la longue table devant la fenêtre, créons quelques étagères avec les tabourets avoisinnants et sortons un peu de décorations. Mais, attendez… le téléphone de Julie vibre instamment ! Il s’agit de l’application de traquage des gens en quarantaine qui nous demande, dans un délai de quelques secondes, de prouver notre présence en bonne et due forme dans notre chambre de confinement. Nous devons scanner rapidement chacun de nos bracelets et activer la localisation du téléphone pour confirmer l’adéquation de toutes ces informations. Et cette vérification impromptue n’est que la première d’une bien longue série qui arrive tôt le matin comme tard le soir…

Après ces premières émotions, nous revenons à notre installation. L’essentiel est prêt à être déballé : les livres et les jeux ! Nous avons aussi pensé à apporter notre Switch et une bonne ribambelle de films de sorte à varier les activités et se prémunir de tout désespoir naissant, et heureusement un cable HDMI. Mais nous n’avions pas compté avec les sournois désavantages d’un hôtel de si grande classe : ils ont serti la télévision dans un cadre miroir au goût douteux, tellement adapté à la taille de la télé qu’on ne peut pas même glisser une petit main derrière. Adieu HDMI, USB, films et Switch ! Fort heureusement, après plusieurs essais infructueux et beaucoup d’ingéniosité, utilisant le téléphone pour voir et les ferme-sacs poubelle pour guider, tâtonnant avec un fil dont on espérait la rigidité suffisante, le câble HDMI entre à bon port, l’espoir renaît pour ces quatroze jours !

De quoi bien nous occuper pendant quatorze jours 🙂

Une des activités principales de ces derniers jours a en particulier été de prospecter pour un appartement à Hong Kong pour les mois à venir. Heureusement, une opportunité arrive à point nommé et nous réjouit un peu, nous promettant un appartement des plus charmants, des plus idéalement situés (devant le collège de Julie) et au magnifique point de vue sur la mer de Chine (ça ne nous dépaysera guère de Zhuhai).

et la magnifique vue sur le collège depuis le balcon.

Allez, plus que 13 jours !

Une réponse à “De la Chine à la « Chine »”

  1. Bravo et bon courage pour cette nouvelle installation. Bon courage en cette période un peu voire très compliquée. Bonne journée et à très bientôt on espère. L’aventure continue. 😎 👋 🥂. Bises.

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